Beme le Cochon était le neveu de Kulu la Tortue. Il adorait son oncle, mais il avait un défaut terrible : il était gourmand au-delà de toute raison.
Un jour, Kulu et Beme furent invités à un grand festin chez le chef du village. Des plats magnifiques étaient préparés : du poisson grillé, du plantain, des sauces aux arachides qui parfumaient l’air à des kilomètres.
Kulu murmura à l’oreille de son neveu : « Mange bien, mais pas trop. Chez le chef, celui qui finit le dernier est honoré, car il montre de la retenue. »
Beme promit. Mais dès que les plats arrivèrent, il oublia tout. Il mangea comme trois, comme cinq, comme dix. Il mangea tant que son ventre devint rond comme une calebasse. Les autres invités le regardèrent avec dégoût. Le chef fronca les sourcils.
Kulu, lui, mangeait lentement, savourant chaque bouchée, complimentant le cuisinier, posant des questions sur les épices. Quand Beme fut endormi sous la table, Kulu était encore en train de manger élégamment – et le chef, charmé, lui offrit des cadeaux pour le voyage du retour.
Sur le chemin, Beme se plaignit : « Ce n’est pas juste ! J’ai mangé plus que toi ! » Kulu sourit : « Justement, mon neveu. Justement. »
Le sens : Ce n’est pas celui qui prend le plus qui gagne, mais celui qui sait comment prendre.
Source : Cycle de Kulu la Tortue, tradition orale Douala. Les relations entre Kulu et son neveu Beme sont documentées dans plusieurs collections, notamment Isaac Moumé Etia, Les Fables de Douala, 1930.
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