Les Jengu – Les esprits des eaux

Bien avant que Douala ne devienne une ville, bien avant les bateaux et les routes, le fleuve Wouri était gardé par des êtres que personne ne voyait mais que tout le monde respectait : les Jengu.

Les Jengu vivaient au fond de l’eau. On disait qu’ils avaient de longs cheveux, des dents écartées – signe de beauté – et une peau qui brillait sous l’eau comme la lune sur le fleuve.

Ils étaient les intermédiaires entre les vivants et les ancêtres. Quand un pêcheur respectait le fleuve, les Jengu remplissaient ses filets. Quand quelqu’un polluait l’eau ou pêchait avec avidité, les filets revenaient vides pendant des semaines.

Une fois par an, lors de la cérémonie du Ngondo, les anciens envoyaient un plongeur sacré au fond du Wouri. Il portait les prières du peuple et revenait avec la réponse des Jengu : une prediction pour l’année à venir, enfermée dans une calebasse scellée.

On raconte que ceux qui ont vu un Jengu ne l’oublient jamais. Et que parfois, la nuit, quand le fleuve est calme et que la lune est pleine, on peut encore entendre leur chant monter des profondeurs – un chant si beau qu’il donne envie de pleurer sans savoir pourquoi.

Le sens : Le monde visible n’est qu’une moitié de la réalité. L’autre moitié demande du respect et de l’écoute.


Source : Croyance et tradition orale Sawa, au cœur de la spiritualité côtière camerounaise. Les Jengu (ou Miengu) sont documentés par René Bureau (Ethno-sociologie religieuse des Duala, 1962), Edwin Ardener (recherches des années 1950) et reconnus par l’UNESCO comme patrimoine immatériel (Ngondo, inscrit en 2023).

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